Author Archives: HugoLemay

Pôvres petites couleurs (Sol, Marc Favreau)

Pôvres petites couleurs

J’aimerais tant tellement les aider
c’est pas toujours drôle la vie d’une couleur
c’est pas toujours rose…
Quand elle est toute petite la couleur
la première chose qu’on lui fait
on l’emprisonne dans un pot ou dans un tube
toute seule !
Jamais deux couleurs ensemble !
Elles se connaissent pas encore les couleurs
elles ne peuvent encore se voir en peinture…
Puis un jour comme ça par hasard
l’artisse se réveillonne et se fâche :
on a pas le droit de mettre les couleurs en prison !
Y qu’à voir le monde
le monde est grisonnant, triste et mélancolorique…
Finies les idées noires !
Et alors le grand totomatisse
devient fauvette,
il ecrabouine les tubes,
il libérationne les couleurs et les tartine
sur une grande toile très impressionnisée…
Et c’est un cacao esstradinaire !
Les couleurs sont folles furieusement braques !
Elles se mésangent
et se soulagent et se superpositionnent
et se condimentationnent arc-en-cielment
ça vermillonne partout
le rouge gorge le noir de son carmindigo
et chauffe le violet qui fond et se guimauve,,,
et l’émerôde
l’émerôde autour des bleus
qui se turquoisent
et s’azurent et se grisent…
la terre fait des siennes
et dérouille les embruns…
le jaune se laisse aller
le jaune devient médiocre et bientôt passe au vert
vert de terre et vert de-gris et vert de jalousie…!
Et ça roule sur la toile
et ça gerbe de soleil en folie (…)
Mais la toile aime pas ça,
la toile refuse global son jeune cadre angulaire…
Ça gronde et ça gromaire au loin
et bientôt la grenadine explositionne…
C’est la guernicasso !
L’affreuse qui coupe les chevaux en quatre
et sanguine les toros !
L’art exprimitif !
L’art cri !
L’art graphigne tant tellement l’anvironning
l’art devient cinétique si frénétique si tant bernétique
qu’on est obligé se l’enfermer
dans un muselé
avec de grandes portes pleines de fermetures…
Et c’est fini
la pôvre petite couleur est encore emprisouillée
elle voyera plus personne
seulement le vieux conserviteur du muselé
qui fait son promening
et qui garde
sans regarder…

Flûte Alors!

Flûte Alors!

Sol sort une flûte à bec de sa poche et s’installe devant son lutrin, au lieu de souffler dans la flûte, il aspire.

flùte alors

ouille c’est dur c’est dur
quand on est seulement un aspirant

je joue de malheur

Il essaie de nouveau

je dis pas ça pour m’esscuser
mais elle est pas neuve
elle est pleine de petit trous

ouille que je suis bête
pôvre petite
il lui manque un morceau
c’est sûr

Il sort un vague morceau de feuille à musique et le pose sur le lutrin
il reprends sa flûte, toujours sans résultat

c’est pas ta faute pôvre petite
c’est la faute des impositeurs de musique
toujours il font ça par petits morceaux
atttends

Cette fois, c’est un cahier de musique
qu’il pose sur le lutrin
nouvel essai, rin.

pourquoi tu ne joues pas ?
je suis été bon pour toi
je t’a donné tous les morceaux que tu voulais
avant bien sûr je comprends
avant c’était pas pareil
tu étais toujours seule tu t’ennouillais
t’avais personne pour jouer

mais maintenant
maintenant que je suis là avec toi
rappelle-toi
quand je t’a rencontrée la première fois
rappelle-toi qu’est-ce que je t’a dit ?
je t’a dit bonjour bonjour petite flûte
t’avais l’air enchantée

peut-être c’est ton cadeau que j’aimes pas
un beau lutin tout neuf que je t’Avais acheté
pôvre petite
elle est tant tellement naïve
je lui avais fait croire que c’était
un lutin du super noël
attends petite attends
je vas sercher
et peut-être je vas en trouver un autre cadeau pour toi

Il fouille dans ses grandes poche
et sort un bougeoir.

ouille oui t’en as de la chance
regarde ton nouveau cadeau
ça te plaît ?
bien sûr tu sais pas à quoi ça sert
tu sais pas comment ça s’appelle
c’est un bougeoir
pour que tu restes tranquille

Et il glisse la flûte dans le bougeoir,
comme il ferait d’une chandelle

ouille j’y pense
peut-être c’Est le morceau qu’est trop dur
et moi vilain
que je te force
attends
peut-être il m’en reste un petit mou

Il fouille et trouve un petit morceau de fromage.

regarde comme t’as de la chance
c’est pour toi
goûte
c’est bon
allez ouvre ton petit bec

La flûte ne donne aucun signe d’appétit.

là je comprends pas
je dois dire que je comprends vraiment pas
d’habitude
le mozzarella

tu commences à l’énervouiller sérieusement
si tu continouilles
tu vas me rendre très complètement
scherzophrène
je peux quand même pas te souffler ton air

ouille c’est pas bien
je devrais pas
j’ai tort de la bruxer pôvre petite
quand je la visionne comme ça
toute maigrelette
je me sens pitoyeux
elle a l’air tant tellement affectionneuse
avec son petit bec
et ses nombreux nombrils

je sais quoi
je vas être bon pour elle
je vas lui faire du charming
regarde-moi petite flûte
regarde-moi dans les yeux
je suis un serpent

Il ondule et fait le serpent
puis il tire de nouveau sur sa flûte,
elle reste muette.

rien èa faire
il faudrait que je soye un serpent èa sonates

bon
tu veux pas jouer ?
joue pas
tant pis moi je m’en fiche
ça m’est égal moi
je sais ce que je peux
je suis seulement ton bouche-trou

mais attention hein
si tu veux pas jouer
je t’avertouille c’est drôlement sérieux
si tu veux pas jouer
tu seras jamais connue
tu seras jamais connue et tu seras jamais engagée
et jamais tu pourras gagner ma vie

si au moins t’étais un petit violon
je pourrais faire vibraphoner
ta cordelette de sensiblerie
ouille le violon alors
ça j’aimerais ça jouer le violon
c’set mon rêve
le violon
pas le violon sale qu’on tient loin comme ça
le vrai violon
le petit
le gentil le vermouilleux
l’esstradivarius
celui qu’on prend comme un ami
celui qu’on met dans le cou
et on le berce le petit violon
quand il est trixte
et des fois il pleure
il pleure tant tellement
il faut mettre un petit mouchoir
pour le soutenir

ouille en tout cas
avec un violon peut-être je jouerais
esstradinaire
peut-être je jouerais comme un cigane

ça ça joue les ciganes
faut les voir gna gna gna gna

ouiiii
vrrrrrrrring
et pleure le violon
le cignae aussi
c’est beau

moi j’en a jamais vu
mais Sophie elle en a vu
bouge pas
Sophie Sophie

Sol sort une petite boîte d’allumettes
qu’il ouvre délicatement.
Il en sort une fourmi.

je te présentationnne Sophie
c’est ma fourmille
elle elle en a connu une cigane

la premièere fois d’ailleurs
qu’elle l’a entendue jouer la cigane
sur son petit minuxcule violon
c’était l’été
et pluss il faisait chaud pluss elle jouait
tout de suite bien sûr
ma fourmille a drôlement été impresario
même qu’elle a demandé à la cigane
tu veux que je soye ton métronome de confiance
et l’autre a répondu d’accord
et ça l’a marché

ça l’a pas marché tant que tellement longtemps non
passeque une cigane
quand ç’a une fourmille dans les jambres pffuitt
elle a dixparue
elle a partie voyaginer

elle aussi ma fourmille
elle a voyaginé drôlement
je l’a trouvée un jour pôvre petite sur le trottinoir
en ville
ouille peut-être elle a venue en ville avec la campagne

Il tire sur la flûte qui ne veut toujours rien savoir.

des fois j’ai le goût de t’abandouiller
de changer d’uxtensile
et y en a tu sais
y a qu’à choisir
je pourrais essayer le taxiphone
ou l’amandoline
ou une pluss mignonnette encore
celle qu’on prend par la anche
la nectarinette
ou encore mieux
je pourrais pincer les cordes
de l’archangélique extensile
je pourrais jouer de l’écharpe
ça c’est agréable
on promèene ses petits doigts comme ça
ouille
j’aimerais ça

mais je sais que je serai jamais capable
jamais
parce que j’ai pas des mains de femme
faut les voir les femmes quand elles jouent de l’écharpe
c’est beau

ouille
y en a un d’uxtensile
que j’aimerais encore pluss jouer
un vrai de vrai

pas un petit comme toi
un gros
tant tellement gigantexe
il faut être un virtuyause pour jouer
moi si j’étais un virtuyause
j’oserais
j’oserais entrer dans une église
ou bien dans un cathédrabe
je monterais dans le jujube
et là
je toucherais l’ogre

ça j’aimerais ça toucher l’ogre

peut-être que lui il aimerait pas ça
peut-être qu’il se laisserait pas faire
peut-être même qu’il me défendrait moi
de promener toutes sortes de petits doigts
sur ses deux ou trois grandes clavicules

et tout ça passeque je suis pas un virtuyause
passeque je suis pas assez instruimental…

Lettre à un absent manteau (Sol, Marc Favreau)

Ô mon cher manteau c’est un O revoir
c’est pour te dire
reviens manteau…<
Reviens!
Tu me manques manteau
tu es mon unique forme
sans toi je suis pas moi-même.

Reviens tu es parti sans dire un mot.

Quand tu disais que tu m’aimais
tu me mentais manteau ?

D’accord j’y a été un peu fort
d’accord je suis pas été toujours bon
pour toi
je t’ai frusqué j’aurais pas dû
je me détexte
je m’abomine
je voudrais bien me changer je te désordonnais fais ci fait ça

c’était commode j’étis le chef je suis le chef de quoi de quoi ?
je suis le chef du parti…?

Fleur de Fenouil (Sol, Marc Favreau)

Quand tu t’abeilles pour être belle
quand tu te piques d’être la rose
la rose au bois sans épinette…
amanthe poivrée
parfait parfum
fine farine
fleur de fenouil
quand tu arrives, c’est le bouquet!
Reste pour moi
celle de la mer, celle de la terre,
ne change pas
tu deviendrais pareille à celle…

Celle qui grignote des illusions
et pour qui le marottes sont cuites,

celle qui s’endiète pour maigri
et qui s’aigrit et qui s’aigrit,

celle qui fricote à reculons
et qui nouille dans le beurre mou,

celle qui s’attache à la casserole
et qui tempête dans un verre d’eau,

celle qui déteste la vaisselle
et qui s’en fait une montagne,

celle qui retourne les hommelettes
et se retrouve sur la tablette,

celle qui fait la grasse matinée
dans le ravioli conjugal

celle qui comtesse et qui blasonne
baronne blasée qui fait la moue,
toujours la moue, encore la moue,
toujours à la troisième personne,

celle qui fricasse dans les colloques,
celle qui pose des colles aux affiches,
celle qui rouspète le feu sacré,

celle qui pleut comme fontaine
sans avoir plu ni jamais pu,
et qui tricote et se console
en faisant des marmots croisés,

celle qui n’attend plus qu’on l’appelle,
qui a décroché une fois pour toutes,
qui répond plus quand on la sonne,
elle s’est pendue au téléphone…

ne change pas, reste pour moi
celle qui s’arrose un soir de fête
à petits verres dans un grand pot,
celle qui déride pour mieux songer
songer à qui ? son géranium…

amanthe poivrée
parfait parfum
fine farine
fleur de fenouil
ne change pas
reste en bouquet!

Marc Favreau – Sol

La Colle (Sol, Marc Favreau)

La colle ça compte
si tu vas pas à la colle
tu sauras jamais tes lettres

tu seras comme nos anciens êtres
eux ils savaient pas leurs lettres
ils allaient seulement à l’agricole
ils savaient pas
au lieu de commencer par l’â
ils ont commencé par l’o
ils ont suivi des cours d’o
avec une bande de joyeux hurons

quand on connaît l’o
on est pas pluss avancé
on tourne en rond
on flotte

ils ont compris quand même
nos anciens êtres
ils ont débarqué à terre

et ils se sont mis en tête
de la déchiffrer la terre
en trébûchant un peu partout
c’est dur le retour aux souches

ils savent pas
ils ont mis la morue devant les boeufs
ils ont creusé des échantillons
puis ils ont fait les chamailles
les chamailles près des grands bois
ça a pas donné de bien bonnes révoltes

ça a donné seulement un petit peuplier
un peuplier sans hixtoire
qui arrivait tout juste à tartiner son pain
avec du labeur
c’est pas le labeur qui manquait

toi
tu vois
faut que tu ailles à la colle
chez les insulilnes
ou les dames de la ségrégation

t’apprendrais à faire la préférence
comme l’ingénuflexion
t’apprendrais à faire des bouquins de fleurs
tu les mettrais en verbe
pour les subjuguer pluss-que-parfait

tu ferais des petits compliments circonstanciels
t’apprendrfais le bon usage de l’écrevisse
pour que la langoustine soye meilleure

tu t’amuserais à la mécréation
tu ferais des blagues
tu vidrais des hyperbols de sirop considérable
tu connaîtrais livresque
ce serait la métafoire

et tu te retrouverais à la grande colle
la colle polyvaillante
tu verrais que le verbe se fait
de pluss en pluss cher
et t’arriverais plus
même avec ton pognon personnel

tu viendrais à la colle à pied
en recyclette ou en autobruscolère
t’aurais le vindicatif présent
à cause du syxtème à trique
avec tes maîtres maximaîtres
minimaîtres incécimaîtres
coincés dans leurs organigrammes inimaginables

alors ensuite plus tard
tu pourrais te reposer
bercer tes allusions sur ton allégorie
ou aller en vacances
réchauffer tes auxiliaires
étendue sur les pages du lexique

tu vois
c’est avec la colle
que tu finis par voir de l’impotence