L’ironie Socratique

À Delphes, il y a, aujourd’hui encore, les ruines saisissantes d’un temple consacré jadis à Apollon, le dieu solaire.

On venait de toute la Grèce pour consulter les devins qui interprétaient les paroles mystérieuses d’une femme prophétisant l’avenir.  Un ami de Socrate avait lui aussi gravi la colline.

-Ton ami, Socrate, avait pris le chemin bordé par d’immenses statues, plus belles les unes que les autres.

-C’est vrai.  Il y a longtemps déjà.

-Les lettres d’or inscrites au fronton du temple brillaient au soleil.

-Et mon ami a continué à marcher sur ce chemin qui grimpait dur.

-Oui, Socrate, jusqu’à la pythie.  Celle dont la bouche prononce des paroles véritables.  Et c’est la pythie elle-même qui a dit que, toi Socrate , tu étais le plus savant des hommes.

-Oh non, l’ami. Pas le plus savant.  Seulement le plus sage.

-Comment cela ?  Je ne comprends pas la différence…

-Eh bien, je te le dis, moi, Socrate : le savant, c’est celui qui sait!

-Et le sage alors ?

-Le sage, c’est celui qui ne sait pas…

-Allons bon ! Vraiment, Socrate, tu dis n’importe quoi !  Si la pythie dit que tu étais le plus sage des hommes, c’est que tu sais quand même quelque chose.

-Oui.  Je sais quelque chose que les gens qui croient savoir ne savent pas !

-Ah ! Tu vois bien, Socrate !  Le sage ne saurait être un ignorant.

-Le vrai sage est celui qui sait… qu’il ne sait rien !