Monthly Archives: September 2013

La cellulite – Marc Favreau Sol

La cellulite

la santé

tu sais ma petite

ça tient à rien

 

souvent même c’est maladif

la santé

 

tiens par exemple

tu sais jamais

si un jour tu feras pas de la cellulite

terriblifique la cellulite

c’est une maladie qui vient comme ça

en mangeant

 

tiens suppositionne

que tu entres dans une tapisserie

tu manges un gâteau

deux gâteaux

trois gâteaux

plein de gâteaux

là c’est grave

t’es sûre de payer pour ça pluss tard

surtout si tu payes pas tout de suite

si tu sors sans payer

alors là on te rentre en dedans

et là

t’es sûre de faire de la cellulite

et là t’es malade

d’abord tu peux pas sortir

tu restes enfermée entre quatre murmures

pas question de sortir avant d’être guérie

et ça peut prendre des mois des années

y a qu’une chose à faire

rester là détendue

c’est la détention toute la journée

 

bien sûr quand tu fais de la cellulite

t’es pas toute seule

y a plein de gardes

qui s’occupassionnent  de toi

et c’est pas des gardes-malades

 

non c’est des gardes en santé

ils sont là pour ta persécurité les gardes

ils te rendent toutes sourtes de petits sévices

ils sont toujours là

les yeux sur toi

pôvres gardes

c’est fatiguant

toujours l’alarme à l’oeil

 

alors des fois

ils ont le goût de prendre l’air

ils t’emmènent

ils te prennent par la menotte

pour faire le promening dans la cour

et là faut pas penser

que c’est une cour d’appel

tu peux crier bien sûr

mais ça dérange personne

personne écoute

personne fait attention là

même les oreilles ont des murs

d’ailleurs pluss tu cries

pluss les gardes sont gentils

ils te ramènent doucement

ils t’engeôlent

 

mais y a une chose qu’ils te disent pas

(c’est des petits cachottiers)

ils te disent pas que c’Est mieux de pas crier

autrement c’est pluss long à guérir

pluss tu cries

pluss tu feras de la cellulite

longtemps

et tu sauras jamais

quand tu pourras manger encore

des gâteaux

 

sûrement pas avant la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim…

Les oisifs – Sol Marc Favreau

Les oisifs

J’essaie depuis longtegmps

j’essaie d’avoir des amis

mais ça marche pas

oui bon

y a bien des chiens qui me courent après

toutes sortes de chiens

des espagnols des petits kinois

des poinsettias des matamores

deslabradouilles des grosses boules d’orgre

des grands polissons

et même des daltoniens

qui me mettent leurs petits points noirs

plein les yeux

pluss un grand danube mélancolorique

qui me lâche pas

mais c’est pas pareil

c’est pas des vrais amis

c’est même pas moi qu’ils suivent

ils se suivent eux-mêmes

la queue leu leu

ils se suivent et se ressemblent pas

 

non moi

qu’est-ce que j’aimerais avoir comme amis ?

c’est les oisifs

j’aimerais avoir plein de petis amigrateurs

qui viendraient dans ma main

faire le ramasse-miettes

ça manque pas les oisifs

je les voye qui me volatilent autour

des petits goineaux des passerelles

des poinçons des corbeilles

des grivoises des sansonniers

des étourdis qui passent engoulement pshuitt

à la fauvette au-dessus du nid de casse-cou

 

et des plus gros aussi

comme des bassines

et des tourtières et des plumards

et des escarcelles

et des troupeaux d’édredons

suivis de leurs petits coussins

 

et ça passe

pas un oisif qui s’arrête

j’ai beau passer des heures

à faire le perchoir les bras comme  ça

ils viennent pas ils m’aiment pas c’est sûr

c’est épouvantail

 

et mo je reste là

tout seul

à tourner en rond comme un radar sauvage

qui fait des petits signes

tournesol tournesol

ça finit pas donner la migraine

 

ça passe ça file les oisifs

et même des fois ça revient pas

comme mes colombes

 

j’avais trois colombes

trois petites bien de chez nous

et un jour elles sont parties

les colombes quand ça a le pignon voyageur

ça déménage

elles sont migrationné vers l’absud

et elles sont stoppé en chemin

pas tellement loin

dans la décapitale

ça leur a faire perdre la tête bien sûr

elles ont commencé à crier pêt pêt pêêêt

ça leur a enflammé l’alouette

ce qui leur a donnée la rouge gorge

 

et alors elles sont pris le couvoir

et se sont mises à pontifier pontifiment

un peu partout

en roulant des yeux exorbitants

elles se prenaient pour des faucons

et pour mieux épervier tout le monde

elles se sont entourées

de toutes sortes de carapaces qui abusent

des carapaces de la pire espiègle

à deux têtes et à deux langues

qui cessent pas de crier

tant mieux si le condort

le vautour est toujours debout

 

pôvres petites colombes

elles se sont perdues

je les reverrai plus jamais ici

c’est dur de se faire des amis…