Les oisifs – Sol Marc Favreau

Les oisifs

J’essaie depuis longtegmps

j’essaie d’avoir des amis

mais ça marche pas

oui bon

y a bien des chiens qui me courent après

toutes sortes de chiens

des espagnols des petits kinois

des poinsettias des matamores

deslabradouilles des grosses boules d’orgre

des grands polissons

et même des daltoniens

qui me mettent leurs petits points noirs

plein les yeux

pluss un grand danube mélancolorique

qui me lâche pas

mais c’est pas pareil

c’est pas des vrais amis

c’est même pas moi qu’ils suivent

ils se suivent eux-mêmes

la queue leu leu

ils se suivent et se ressemblent pas

 

non moi

qu’est-ce que j’aimerais avoir comme amis ?

c’est les oisifs

j’aimerais avoir plein de petis amigrateurs

qui viendraient dans ma main

faire le ramasse-miettes

ça manque pas les oisifs

je les voye qui me volatilent autour

des petits goineaux des passerelles

des poinçons des corbeilles

des grivoises des sansonniers

des étourdis qui passent engoulement pshuitt

à la fauvette au-dessus du nid de casse-cou

 

et des plus gros aussi

comme des bassines

et des tourtières et des plumards

et des escarcelles

et des troupeaux d’édredons

suivis de leurs petits coussins

 

et ça passe

pas un oisif qui s’arrête

j’ai beau passer des heures

à faire le perchoir les bras comme  ça

ils viennent pas ils m’aiment pas c’est sûr

c’est épouvantail

 

et mo je reste là

tout seul

à tourner en rond comme un radar sauvage

qui fait des petits signes

tournesol tournesol

ça finit pas donner la migraine

 

ça passe ça file les oisifs

et même des fois ça revient pas

comme mes colombes

 

j’avais trois colombes

trois petites bien de chez nous

et un jour elles sont parties

les colombes quand ça a le pignon voyageur

ça déménage

elles sont migrationné vers l’absud

et elles sont stoppé en chemin

pas tellement loin

dans la décapitale

ça leur a faire perdre la tête bien sûr

elles ont commencé à crier pêt pêt pêêêt

ça leur a enflammé l’alouette

ce qui leur a donnée la rouge gorge

 

et alors elles sont pris le couvoir

et se sont mises à pontifier pontifiment

un peu partout

en roulant des yeux exorbitants

elles se prenaient pour des faucons

et pour mieux épervier tout le monde

elles se sont entourées

de toutes sortes de carapaces qui abusent

des carapaces de la pire espiègle

à deux têtes et à deux langues

qui cessent pas de crier

tant mieux si le condort

le vautour est toujours debout

 

pôvres petites colombes

elles se sont perdues

je les reverrai plus jamais ici

c’est dur de se faire des amis…