Category Archives: Sol Marc Favreau

Le dispendieu

Je me souviens… non, je me souviens pas bien… attends… non, j’étais trop petit… non, j’étais même pas là du tout… pas encore… Ouille c’est loin tout ça !…

Ça a mal commencé avec LUI… comment il s’appelait déjà ?

Bon, en tout cas, un jour qu’il s’ennouillait, là-haut tout seul dans son logiciel – peut-être il a voulu se payer une récréation – il a mis le doigt sur un drôle de bouton rouge et ça a fait SPLOTCH… BANG !

On a jamais pu savoir s’il avait fait essprès, mais ce qu’on sait, c’est que ce jour-là, il a mis le monde au monde… Y en a qui disent que juste avant il aurait crié: “Que le monde soit !”  Ça doit être vrai passque à partir de là, le monde fut.  Le monde fut, et il est encore…  seulement faut voir dans quel était il est !…

Faut dire qu’il a tout fait tout seul.  Nous on était pas là, on avait pas encore notre mot à dire…

Ah, de nos jours ça se serait pas passé comme ça.  On aurait été là pour lui dire STOP!

ÇA SUFFIT!  ON SE CALME !

Ah non, on l’aurait pas laissé faire…  on aurait réveillé les Inanitions Unies:

Faites quelque chose ! Faut l’arrêter !  Faut le bloquer dans son blocus !  ENVOYEZ LES INEFFICASQUES BLEUS !

Non, mais c’est vrai, c’est lui qui a tout commencé, et d’une manière drôlement violette…  Il était pressé : Allez, et que ça saute… BANG!  Et maintenant il voudrait qu’on soye calme et gentil, qu’on soye toujours en faveur de la paix…  On est pas des broutons, quand même !  Mais lui il s’en fichait, il voulait tout faire, tout seul, et à toute vitesse…  c’est bien simple, il a tout fait en UNE SEMAINE!  Pas étonnant que ça ait donné n’importe quoi…

 

D’abord, il s’est jeté sur notre boule très complètement obsessionné:  Prêt, pas prêt, je fonce !  On verra bien…  Faut rendre au hasard ce qui appartient au hasard !

Au début du commencement, fallait la nommer, notre boule… Alors là, on peut pas dire qu’il s’est fatigué la machination.  Pour les autres il avait trouvé des noms jolies, pour faire plaisir au poètes

 

 

La cellulite – Marc Favreau Sol

La cellulite

la santé

tu sais ma petite

ça tient à rien

 

souvent même c’est maladif

la santé

 

tiens par exemple

tu sais jamais

si un jour tu feras pas de la cellulite

terriblifique la cellulite

c’est une maladie qui vient comme ça

en mangeant

 

tiens suppositionne

que tu entres dans une tapisserie

tu manges un gâteau

deux gâteaux

trois gâteaux

plein de gâteaux

là c’est grave

t’es sûre de payer pour ça pluss tard

surtout si tu payes pas tout de suite

si tu sors sans payer

alors là on te rentre en dedans

et là

t’es sûre de faire de la cellulite

et là t’es malade

d’abord tu peux pas sortir

tu restes enfermée entre quatre murmures

pas question de sortir avant d’être guérie

et ça peut prendre des mois des années

y a qu’une chose à faire

rester là détendue

c’est la détention toute la journée

 

bien sûr quand tu fais de la cellulite

t’es pas toute seule

y a plein de gardes

qui s’occupassionnent  de toi

et c’est pas des gardes-malades

 

non c’est des gardes en santé

ils sont là pour ta persécurité les gardes

ils te rendent toutes sourtes de petits sévices

ils sont toujours là

les yeux sur toi

pôvres gardes

c’est fatiguant

toujours l’alarme à l’oeil

 

alors des fois

ils ont le goût de prendre l’air

ils t’emmènent

ils te prennent par la menotte

pour faire le promening dans la cour

et là faut pas penser

que c’est une cour d’appel

tu peux crier bien sûr

mais ça dérange personne

personne écoute

personne fait attention là

même les oreilles ont des murs

d’ailleurs pluss tu cries

pluss les gardes sont gentils

ils te ramènent doucement

ils t’engeôlent

 

mais y a une chose qu’ils te disent pas

(c’est des petits cachottiers)

ils te disent pas que c’Est mieux de pas crier

autrement c’est pluss long à guérir

pluss tu cries

pluss tu feras de la cellulite

longtemps

et tu sauras jamais

quand tu pourras manger encore

des gâteaux

 

sûrement pas avant la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim

de la grève

de la fin

de la grève

de la faim…

Les oisifs – Sol Marc Favreau

Les oisifs

J’essaie depuis longtegmps

j’essaie d’avoir des amis

mais ça marche pas

oui bon

y a bien des chiens qui me courent après

toutes sortes de chiens

des espagnols des petits kinois

des poinsettias des matamores

deslabradouilles des grosses boules d’orgre

des grands polissons

et même des daltoniens

qui me mettent leurs petits points noirs

plein les yeux

pluss un grand danube mélancolorique

qui me lâche pas

mais c’est pas pareil

c’est pas des vrais amis

c’est même pas moi qu’ils suivent

ils se suivent eux-mêmes

la queue leu leu

ils se suivent et se ressemblent pas

 

non moi

qu’est-ce que j’aimerais avoir comme amis ?

c’est les oisifs

j’aimerais avoir plein de petis amigrateurs

qui viendraient dans ma main

faire le ramasse-miettes

ça manque pas les oisifs

je les voye qui me volatilent autour

des petits goineaux des passerelles

des poinçons des corbeilles

des grivoises des sansonniers

des étourdis qui passent engoulement pshuitt

à la fauvette au-dessus du nid de casse-cou

 

et des plus gros aussi

comme des bassines

et des tourtières et des plumards

et des escarcelles

et des troupeaux d’édredons

suivis de leurs petits coussins

 

et ça passe

pas un oisif qui s’arrête

j’ai beau passer des heures

à faire le perchoir les bras comme  ça

ils viennent pas ils m’aiment pas c’est sûr

c’est épouvantail

 

et mo je reste là

tout seul

à tourner en rond comme un radar sauvage

qui fait des petits signes

tournesol tournesol

ça finit pas donner la migraine

 

ça passe ça file les oisifs

et même des fois ça revient pas

comme mes colombes

 

j’avais trois colombes

trois petites bien de chez nous

et un jour elles sont parties

les colombes quand ça a le pignon voyageur

ça déménage

elles sont migrationné vers l’absud

et elles sont stoppé en chemin

pas tellement loin

dans la décapitale

ça leur a faire perdre la tête bien sûr

elles ont commencé à crier pêt pêt pêêêt

ça leur a enflammé l’alouette

ce qui leur a donnée la rouge gorge

 

et alors elles sont pris le couvoir

et se sont mises à pontifier pontifiment

un peu partout

en roulant des yeux exorbitants

elles se prenaient pour des faucons

et pour mieux épervier tout le monde

elles se sont entourées

de toutes sortes de carapaces qui abusent

des carapaces de la pire espiègle

à deux têtes et à deux langues

qui cessent pas de crier

tant mieux si le condort

le vautour est toujours debout

 

pôvres petites colombes

elles se sont perdues

je les reverrai plus jamais ici

c’est dur de se faire des amis…

La purée culture – Marc Favreau Sol

la purée culture

quand j’ai vu l’jour c’était la nuit

la peur m’a pris et m’a gardé

pôv’ petit moi j’étais tout bleu

tout bleu de peur très apeuré

 

j’avais désiré être, aimé

j’aurais aimé être désiré

mais quand on est qu’un rejeton

c’est normal qu’on soye rejeté

 

quand je miaulais wa wa wa wa

ma nourrissante me nourrissait

bourrait bourrait mon tube consiscent

avec d’la bouillie pour les chats

 

elle me disait t’en as d’la chance

d’avoir rien qu’une bouche à nourrir

manger manger la bonne purée

c’est ça la vrai purée culture

 

j’avais désiré être, aimé

j’aurais aimé être désiré

mais quand on est qu’un rejeton

c’est normal qu’on soye rejeté

 

je suis resté traumatisé

dans la purée dans la torpeur

peur d’en manger peur d’en manquer

peur de bouger peur d’avoir peur

 

peut-être qu’un jour un jour viendra

j’aurai plus peur de la purée

j’aurai grandi j’aurai poussé

poussé un cri: j’en ai assez!

assez de purée puréfléchir

purépubliquer, puréeclamer

purétorquer j’en ai assez!

 

j’en ai assez d’jouer au plus fin

j’en ai assez pour commencer

à m’en sortir parce que j’ai faim

faim de savoir le mot d’la fin

et faire le tour de mon jardin.

 

Marc Favreau – répertoire

Je Persifle et Je Singe

1 Une bonne place 03:35
2 Le vulnérable 07:52
3 La Recyclette 04:04
4 La belle affaire 07:55
5 Le plusillanime 08:24
6 Le sportifiant 12:53
7 La tête chercheuse 13:26
8 La paix! 08:27

Le retour aux souches

1 Le solide à terre 15:45
2 L’adversité 05:10
3 Le crépuscule des vieux 04:14
4 L’odieux visuel (Le photograve) 04:45
5 Le fier monde 17:54
6 Pôvres petites couleurs 08:15
7 Les oeufs limpides 14:50

Le retour aux souches 2

1 Les oisifs 01:55
2 La clé anglaise (le bourreau) 9:27
3 La cellulite 2:35
4 Cauchemar sur une psycatalogne 6:40
5 Cinémalomanie 15:39
6 Le géant 6:13
7 Faut faire l’enfant 7:38
8 Les trous 3:35
9 Y a pas de feu sans fumée 7:25
10 Le retour aux souches 8:26

Le retour aux souches disque 2

1 Le dispendieu 12:04
2 La carte de crédule 10:05
3 Le fou du roi 4:25
4 Fleur de fenouil 2:52
5 L’archimec 9:06
6 Médicalmant parlant 17:11
7 La plainte auqatique 18:41

Le retour aux souches… la suite

1 Le premier venu 10:55
2 L’appel de la carrière 16:25
3 La justice sans balance 22:42
4 L’altesse de l’air 12:28
5 Le costaunaute 09:25

Rien d’étonnant! (1ère partie)

Comment la grande noire sœur devint la belle trop mince 21:29
Comment la grande noire sœur devint la belle trop mince 7:55
Travaller c’est dur (surtout quand on sait rien faire) 11:10
Le crépuscule des vieux 4:20

Rien d’étonnant! (2e partie)

Complainte au garnement 3:50
La pôvre petite couleur 8:15
Le photograve 3:08
L’odieux visuel 4:00
L’odieux visuel 1:15
Le fier monde 8:00
la petite déception 3:12
La grande déception mondaine 8:58
La démocrasseuse 1:30

Enfin Sol

Les cadeaux 8:45
Le bout d’jouet 6:20
La transe canadienne 12:32
Le solide à terre 12:28
Les œufs limpides 10:11
L’adversité 3:25

Je m’égalomane à moi-même..!

Monsieur le précédent 2:45
Souvenirs d’un manteau 6:08
Les oisifs 2:28
Le géant de l’air 2:41
Les colombes 5:22

Comment dompter son manteau 6:46
Lettre à un absent manteau 3:23
Un manteau ne revient jamais seul 5:46
À une petite marie honnête 4:32
La purée culture 3:32

Petit rêve
Couchemard sur une psychatalogne
Le bourreau
La cléf verbal
Mur-à-mur et porte-à-porte
La cellulite
Fleur de fenouil
Trêve de valse
Cinémalomanie

Autres

Flûte Alors!

La colle

 

Le bout d’jouet (Sol, Marc Favreau)

c’est important les sous

très énormément important

les sous

moi j’en a jamais vu

mais ça c’est pas ma faute

y en avait pas chez nous

mes parents ils étaient pas riches les pôvres

ils étaient comiquement faibles

je peux pas dire que j’ai grandi entre parenthèses

et il faisait froid chez nous

il faisait froid je m’en souviens

passeque quand la substance socialoe

elle venait à la maison

elle nous disait toujours

c’est passeque vous mangez pas assez

faut manger

faut pas avoir peur de manger

vous avez besoin de calorifères

alors là un jour

mon père s’a décidé

on les a tous mangés

ouille c’est dur

quand y a des petits bouts droits ça va

mais quand ça serpentouille

ça passe pas

 

moi je m’a jamais habitouillé

ça me restait là

et c’était pire après passeque

il faisait encore plus froid

dans la maison

 

et ça coûte cher ce petit jeu-là

drôlement cher

 

là il faut dire quand même

que la substance sociale elle a été gentille

elle nous a donné un bon truc

elle nous a dit

c’est passeque vous avez pas vous organouiller

voilà vous faites du gaspilling

 

dans la vie

faut pas faire de dépensing n’importe comment

faut avoir un bout d’jouet

faxile à dire

qu’a répondu mon perplexe

il faut dire que lui a jamais réussi à

s’organouiller

avec un bout d’jouet

c’est pas faxile

même les coiffeurs

qui arrivent à boucler leur bout d’jouet

y a qu’à voir les gens comment ils font du gaspilling

comment ils dépensouillent

ils arrêtent pas

ils s’achètent des autos

ils ont même pas les moyeux

et ça roule ça roule sur les routes

et allez donc

et quand ils voyent un petit panier au bord de la route

ils stoppent et jettent l’argent par les fenêtres

et ensuite quand ils se rendent compte

qu’ils roulent sur une banqueroute

il est trop tard

y en a y en a

qui savent s’organouiller

c’est sûr

mais alors là attention

ceux-là ils sont pas bêtes

ils restent pas tout seuls

ils se détiennent en compagnie

et la première chose qu’ils font

ils constructionnent un beau grand piège

très moderne

très beau

plein d’étages et tout et tout

et là

tout le monde très curieux vient voir

et ça entre et ça entre

et quand le piège il est plein

ils sont pris les pôvres

ils sont obligationnés de travailler

c’est le piège social

bien sûr tout le monde travaille pas fort

dans le piège

non

y a tout un étage

par exemple pour la condébilité

ils sont innombreux là-dedans

mais y en a seulement deux qui travallent

l’actif et le passif

même qu’ils arrivent jamais à travaller ensemble

ils sont jamais d’accord

mais les autres

qu’est-ce qu’ils font les autres ?

ils jouent avec le bout d’jouet

c’est agréable le bout d’jouet bien sûr

ça s’étire c’est mou

y a toujours un qui découvre le petit trou

et il souffle

et le petit bout d’jouet il gonfle

 

et puis un autre se met à souffler

et un autre et un autre et un autre

et le pôvre bout d’jouet

il a pas le choix

il gonfle gonfle et devient très énorme

et puis quand ils sont fatigués

qu’est-ce qu’ils font les lâches ?

ils le lâchent

et le bout d’jouet qu’a deviendu tout gros tout rond

 

il monte monte

il crève les plafonds

il va de bourreau en bourreau

et se gonfler encore

pôvre petit bout d’jouet

 

mais le pire

c’est quand il arrive au bourreau d’achat

il a pas de temps à perdre le bourreau d’achat

quand il le voye arriver le bout d’jouet

 

il lui donne un grand coup de gonfling comme ça

et le pôvre bout d’jouet devient pluss énorme

très énormément plus énorme

jusqu’au bourreau de la direction

et là c’est grave

c’est terriblifique

passeque le bourreau de la direction

il aime pas ça les bouts d’jouet

surtout les gros

ça l’énervouille

et là il appelle tout le monde autour de lui

il appelle ses diminustrateurs

et ils prennent des mesures

ils prennent leur temps

ils prennent des moyens

des petits et des grands

pour dégonfler le bout d’jouet

 

des fois ils y arrivent pas

c’est trop déficit

alors là y a qu’une chose à faire

ils appellent le super viseur

et alors là attention

celui-là il est fort

il sait viser

il rate jamais

PAF

pffuitt

et le pôvre bout d’jouet

c’est pas long

il redescend à la condébilité

 

ouille oui alors

ça c’est des gens qui savent s’organouiller

dans le piège

 

mais mon père lui il savait pas

il a essayé quand même

faut le dire

il a essayé une fois

 

et comme il était prudent

il a dit

on va avoir deux bouts d’jouet

un de rechange

 

seulement il a pas eu de chance

 

quand on premier bout d’jouet a été assez gros

le pôvre il a tombé sur le vil brequin de la finance

PAF

il a éclabouillé

et l’autre petit bout d’jouet

il a eu peur

il s’a dégonflé pffuitt

et ç’a été fini plus jamais jamais

on a réussi à rejoindre les deux bouts…

Pôvres petites couleurs (Sol, Marc Favreau)

Pôvres petites couleurs

J’aimerais tant tellement les aider
c’est pas toujours drôle la vie d’une couleur
c’est pas toujours rose…
Quand elle est toute petite la couleur
la première chose qu’on lui fait
on l’emprisonne dans un pot ou dans un tube
toute seule !
Jamais deux couleurs ensemble !
Elles se connaissent pas encore les couleurs
elles ne peuvent encore se voir en peinture…
Puis un jour comme ça par hasard
l’artisse se réveillonne et se fâche :
on a pas le droit de mettre les couleurs en prison !
Y qu’à voir le monde
le monde est grisonnant, triste et mélancolorique…
Finies les idées noires !
Et alors le grand totomatisse
devient fauvette,
il ecrabouine les tubes,
il libérationne les couleurs et les tartine
sur une grande toile très impressionnisée…
Et c’est un cacao esstradinaire !
Les couleurs sont folles furieusement braques !
Elles se mésangent
et se soulagent et se superpositionnent
et se condimentationnent arc-en-cielment
ça vermillonne partout
le rouge gorge le noir de son carmindigo
et chauffe le violet qui fond et se guimauve,,,
et l’émerôde
l’émerôde autour des bleus
qui se turquoisent
et s’azurent et se grisent…
la terre fait des siennes
et dérouille les embruns…
le jaune se laisse aller
le jaune devient médiocre et bientôt passe au vert
vert de terre et vert de-gris et vert de jalousie…!
Et ça roule sur la toile
et ça gerbe de soleil en folie (…)
Mais la toile aime pas ça,
la toile refuse global son jeune cadre angulaire…
Ça gronde et ça gromaire au loin
et bientôt la grenadine explositionne…
C’est la guernicasso !
L’affreuse qui coupe les chevaux en quatre
et sanguine les toros !
L’art exprimitif !
L’art cri !
L’art graphigne tant tellement l’anvironning
l’art devient cinétique si frénétique si tant bernétique
qu’on est obligé se l’enfermer
dans un muselé
avec de grandes portes pleines de fermetures…
Et c’est fini
la pôvre petite couleur est encore emprisouillée
elle voyera plus personne
seulement le vieux conserviteur du muselé
qui fait son promening
et qui garde
sans regarder…

Flûte Alors!

Flûte Alors!

Sol sort une flûte à bec de sa poche et s’installe devant son lutrin, au lieu de souffler dans la flûte, il aspire.

flùte alors

ouille c’est dur c’est dur
quand on est seulement un aspirant

je joue de malheur

Il essaie de nouveau

je dis pas ça pour m’esscuser
mais elle est pas neuve
elle est pleine de petit trous

ouille que je suis bête
pôvre petite
il lui manque un morceau
c’est sûr

Il sort un vague morceau de feuille à musique et le pose sur le lutrin
il reprends sa flûte, toujours sans résultat

c’est pas ta faute pôvre petite
c’est la faute des impositeurs de musique
toujours il font ça par petits morceaux
atttends

Cette fois, c’est un cahier de musique
qu’il pose sur le lutrin
nouvel essai, rin.

pourquoi tu ne joues pas ?
je suis été bon pour toi
je t’a donné tous les morceaux que tu voulais
avant bien sûr je comprends
avant c’était pas pareil
tu étais toujours seule tu t’ennouillais
t’avais personne pour jouer

mais maintenant
maintenant que je suis là avec toi
rappelle-toi
quand je t’a rencontrée la première fois
rappelle-toi qu’est-ce que je t’a dit ?
je t’a dit bonjour bonjour petite flûte
t’avais l’air enchantée

peut-être c’est ton cadeau que j’aimes pas
un beau lutin tout neuf que je t’Avais acheté
pôvre petite
elle est tant tellement naïve
je lui avais fait croire que c’était
un lutin du super noël
attends petite attends
je vas sercher
et peut-être je vas en trouver un autre cadeau pour toi

Il fouille dans ses grandes poche
et sort un bougeoir.

ouille oui t’en as de la chance
regarde ton nouveau cadeau
ça te plaît ?
bien sûr tu sais pas à quoi ça sert
tu sais pas comment ça s’appelle
c’est un bougeoir
pour que tu restes tranquille

Et il glisse la flûte dans le bougeoir,
comme il ferait d’une chandelle

ouille j’y pense
peut-être c’Est le morceau qu’est trop dur
et moi vilain
que je te force
attends
peut-être il m’en reste un petit mou

Il fouille et trouve un petit morceau de fromage.

regarde comme t’as de la chance
c’est pour toi
goûte
c’est bon
allez ouvre ton petit bec

La flûte ne donne aucun signe d’appétit.

là je comprends pas
je dois dire que je comprends vraiment pas
d’habitude
le mozzarella

tu commences à l’énervouiller sérieusement
si tu continouilles
tu vas me rendre très complètement
scherzophrène
je peux quand même pas te souffler ton air

ouille c’est pas bien
je devrais pas
j’ai tort de la bruxer pôvre petite
quand je la visionne comme ça
toute maigrelette
je me sens pitoyeux
elle a l’air tant tellement affectionneuse
avec son petit bec
et ses nombreux nombrils

je sais quoi
je vas être bon pour elle
je vas lui faire du charming
regarde-moi petite flûte
regarde-moi dans les yeux
je suis un serpent

Il ondule et fait le serpent
puis il tire de nouveau sur sa flûte,
elle reste muette.

rien èa faire
il faudrait que je soye un serpent èa sonates

bon
tu veux pas jouer ?
joue pas
tant pis moi je m’en fiche
ça m’est égal moi
je sais ce que je peux
je suis seulement ton bouche-trou

mais attention hein
si tu veux pas jouer
je t’avertouille c’est drôlement sérieux
si tu veux pas jouer
tu seras jamais connue
tu seras jamais connue et tu seras jamais engagée
et jamais tu pourras gagner ma vie

si au moins t’étais un petit violon
je pourrais faire vibraphoner
ta cordelette de sensiblerie
ouille le violon alors
ça j’aimerais ça jouer le violon
c’set mon rêve
le violon
pas le violon sale qu’on tient loin comme ça
le vrai violon
le petit
le gentil le vermouilleux
l’esstradivarius
celui qu’on prend comme un ami
celui qu’on met dans le cou
et on le berce le petit violon
quand il est trixte
et des fois il pleure
il pleure tant tellement
il faut mettre un petit mouchoir
pour le soutenir

ouille en tout cas
avec un violon peut-être je jouerais
esstradinaire
peut-être je jouerais comme un cigane

ça ça joue les ciganes
faut les voir gna gna gna gna

ouiiii
vrrrrrrrring
et pleure le violon
le cignae aussi
c’est beau

moi j’en a jamais vu
mais Sophie elle en a vu
bouge pas
Sophie Sophie

Sol sort une petite boîte d’allumettes
qu’il ouvre délicatement.
Il en sort une fourmi.

je te présentationnne Sophie
c’est ma fourmille
elle elle en a connu une cigane

la premièere fois d’ailleurs
qu’elle l’a entendue jouer la cigane
sur son petit minuxcule violon
c’était l’été
et pluss il faisait chaud pluss elle jouait
tout de suite bien sûr
ma fourmille a drôlement été impresario
même qu’elle a demandé à la cigane
tu veux que je soye ton métronome de confiance
et l’autre a répondu d’accord
et ça l’a marché

ça l’a pas marché tant que tellement longtemps non
passeque une cigane
quand ç’a une fourmille dans les jambres pffuitt
elle a dixparue
elle a partie voyaginer

elle aussi ma fourmille
elle a voyaginé drôlement
je l’a trouvée un jour pôvre petite sur le trottinoir
en ville
ouille peut-être elle a venue en ville avec la campagne

Il tire sur la flûte qui ne veut toujours rien savoir.

des fois j’ai le goût de t’abandouiller
de changer d’uxtensile
et y en a tu sais
y a qu’à choisir
je pourrais essayer le taxiphone
ou l’amandoline
ou une pluss mignonnette encore
celle qu’on prend par la anche
la nectarinette
ou encore mieux
je pourrais pincer les cordes
de l’archangélique extensile
je pourrais jouer de l’écharpe
ça c’est agréable
on promèene ses petits doigts comme ça
ouille
j’aimerais ça

mais je sais que je serai jamais capable
jamais
parce que j’ai pas des mains de femme
faut les voir les femmes quand elles jouent de l’écharpe
c’est beau

ouille
y en a un d’uxtensile
que j’aimerais encore pluss jouer
un vrai de vrai

pas un petit comme toi
un gros
tant tellement gigantexe
il faut être un virtuyause pour jouer
moi si j’étais un virtuyause
j’oserais
j’oserais entrer dans une église
ou bien dans un cathédrabe
je monterais dans le jujube
et là
je toucherais l’ogre

ça j’aimerais ça toucher l’ogre

peut-être que lui il aimerait pas ça
peut-être qu’il se laisserait pas faire
peut-être même qu’il me défendrait moi
de promener toutes sortes de petits doigts
sur ses deux ou trois grandes clavicules

et tout ça passeque je suis pas un virtuyause
passeque je suis pas assez instruimental…

Lettre à un absent manteau (Sol, Marc Favreau)

Ô mon cher manteau c’est un O revoir
c’est pour te dire
reviens manteau…<
Reviens!
Tu me manques manteau
tu es mon unique forme
sans toi je suis pas moi-même.

Reviens tu es parti sans dire un mot.

Quand tu disais que tu m’aimais
tu me mentais manteau ?

D’accord j’y a été un peu fort
d’accord je suis pas été toujours bon
pour toi
je t’ai frusqué j’aurais pas dû
je me détexte
je m’abomine
je voudrais bien me changer je te désordonnais fais ci fait ça

c’était commode j’étis le chef je suis le chef de quoi de quoi ?
je suis le chef du parti…?

Fleur de Fenouil (Sol, Marc Favreau)

Quand tu t’abeilles pour être belle
quand tu te piques d’être la rose
la rose au bois sans épinette…
amanthe poivrée
parfait parfum
fine farine
fleur de fenouil
quand tu arrives, c’est le bouquet!
Reste pour moi
celle de la mer, celle de la terre,
ne change pas
tu deviendrais pareille à celle…

Celle qui grignote des illusions
et pour qui le marottes sont cuites,

celle qui s’endiète pour maigri
et qui s’aigrit et qui s’aigrit,

celle qui fricote à reculons
et qui nouille dans le beurre mou,

celle qui s’attache à la casserole
et qui tempête dans un verre d’eau,

celle qui déteste la vaisselle
et qui s’en fait une montagne,

celle qui retourne les hommelettes
et se retrouve sur la tablette,

celle qui fait la grasse matinée
dans le ravioli conjugal

celle qui comtesse et qui blasonne
baronne blasée qui fait la moue,
toujours la moue, encore la moue,
toujours à la troisième personne,

celle qui fricasse dans les colloques,
celle qui pose des colles aux affiches,
celle qui rouspète le feu sacré,

celle qui pleut comme fontaine
sans avoir plu ni jamais pu,
et qui tricote et se console
en faisant des marmots croisés,

celle qui n’attend plus qu’on l’appelle,
qui a décroché une fois pour toutes,
qui répond plus quand on la sonne,
elle s’est pendue au téléphone…

ne change pas, reste pour moi
celle qui s’arrose un soir de fête
à petits verres dans un grand pot,
celle qui déride pour mieux songer
songer à qui ? son géranium…

amanthe poivrée
parfait parfum
fine farine
fleur de fenouil
ne change pas
reste en bouquet!

Marc Favreau – Sol